Toutes les conditions étaient réunies pour faire de cette soirée un ratage complet : mauvais temps, bouchons sur le périph', lui en colère parce que moi en retard, bref, je connaissais déjà la fin !
Pourtant... à y repenser, ce fut une soirée inoubliable. A peine entrée dans le hall du théâtre, je sens tous les ors poudrer ma peau et le velours rouge met agréablement en valeur mon bustier de soie YSL. Les marches feutrent nos pas, faisant de nos souliers d'élégantes pantoufles de vair, de magnifiques semelles de vent.
Lorsqu'on nous assigne nos fauteuils, le moelleux rebondi de la tapisserie m'ouvre l'appétit de façon presque indécente ; j'y pose mon postérieur comme un bijou dans son écrin. Et puis le silence éteint les lumières, nous transporte dans un autre monde où seuls les plus téméraires, les vaillants qui ont bravé la tempête sont admis.
Monde merveilleux, féerie des sens. Sur la scène, des personnages habillés de faste, le brocard de la soprano gonfle sous ses vocalises, mettant en valeur le dessin sur ses seins. Les perles ruissellent dans les cheveux, et surtout, surtout, leurs voix ! Elles me coulent dans l'âme comme une prière bienfaisante, je ne comprends pas les paroles, de l'italien sans doute, mais ça ne donne que plus de profondeur, de sacralité au sentiment qui m'engloutit.
A ma gauche, j'entends sa respiration qui ralentit, le calme revient aussi de ce côté-là. Ce soir, nous nous sommes trouvés.
Soirée de merde ! Bordel de bagnoles, temps de chien et la Marilyn qui n'en finit pas de s'allonger les cils ; bon, j'ai eu les places gratos, c'est déjà ça. Qu'est-ce qu'y faut pas faire pour choper une gonzesse...
Ca y est, nous y voilà, au théâtre ! A l'Opéra, siouplaît ! La Marilyn a les yeux qui jouent au billard, complètement éblouie, totale défonce ! Moi je souris, je donne le change, mais franchement, tous ces péquenots sortis de leur province, déguisés en pingouin et en reine-mère, moi, ça me donne envie de gerber.
Et voilà, le spectacle commence ! Ils font le noir, cool, je vais pouvoir la tripoter un peu, mais le silence est brusquement interrompu par un grondement de tonnerre qui m'éclate les tympans. C'est elle ! La grosse, là, sur scène, qui l'ouvre et ne la ferme plus ! Le rideau tendu sur les seins va se barrer, c'est sûr !
A côté, la Marilyn est hypnotisée. J'ai beau lui pétrir la cuisse, elle ne bouge pas. Bon, je vais me la jouer cool, sourire idiot sur les lèvres, et continuer à découvrir les "intonations charnelles" de ma voisine...