IRONIE




Ma robe balaie le chemin de mes pas. Et le pas à peine posé s'efface déjà.
Rien ne retient ma mémoire ; même l'oubli n'est plus qu'un souvenir que je ne reconnais plus.

J'avance, balancier des hanches drapées de velours. Vierge comme la toile, blanche comme la page, neuve comme le soleil du jour, j'ignore l'hier et l'ailleurs.

Peu importe que la mémoire s'emmêle, je fais mon chemin. Et si d'aventure l'avenir s'en mêle, je sais que les empreintes se comptent à rebours.

(tiré de "Secrets de Ménines", 2007)
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# Posté le lundi 07 juillet 2008 17:05

NOUVELLE IMAGE !

NOUVELLE IMAGE !
Bonsoir chers lecteurs !
Peut-être avez-vous été intrigués par la photo du blog "l'andalouse" ? Le pont vénitien correspondait à mon humeur au moment de la création du site : souvenir romantique d'un week end à Venise, un pont, jeté entre mon livre enfin édité et vous, lecteurs potentiels, comme une histoire d'amour à venir...

Et puis, l'Andalouse a repris le dessus. Je veux maintenant me faire connaître. Je vous offre donc en visuel la "plaza de toros" de Malaga, la Malagueta, qui conserve le souvenir de Paquirri, Luis Dominguin, El Cordobes...
La photo date des années 60, autant vous dire que l'environnement a bien changé. Mais ces arènes restent pour moi l'emblème de ma ville natale.

Mon grand-père paternel, José, que personnellement j'ai toujours appelé "Abuelo", était un aficionado.Je me souviens de vacances d'été où nous logions chez mes grands-parents, et où la télé n'avait pas encore investi le décor. Abuelo s'asseyait sur le petit balcon (qui Dieu merci à cette heure de l'après-midi était à l'ombre), son petit transistor collé à l'oreille. La radio retransmettait en direct les corridas, les plus cotées étaient celles qui se déroulaient en août, pendant la Feria . Quelquefois, Papa lui offrait une place (à l'ombre, les plus chères), et ils partaient tous les deux, heureux : Abuelo de voir la corrida, Papa de voir son père si content.

j'ai assisté parfois à ce spectacle grandiose : attention, je ne défends pas la tauromachie. Le spectacle dont je parle se déroule sur les gradins : c'est la foule, femmes magnifiques dans leur robe de gitane, hommes au sombrero sombre, les officiels avec leur large ceinture de satin, leurs épouses coiffées de mantille de dentelles
anciennes, et puis "la banda", la fanfarre qui joue au rythme des "olé". Et puis le ballet des éventails, de nacre ou de carton, le luxe ici c'est la fraîcheur.

Voilà, c'est ça la Malagueta.

# Posté le mardi 24 juin 2008 14:31

Modifié le lundi 13 octobre 2008 13:03

L'ETRANGER



Je vous ai vu ce soir errer dans
Les rues sombres, profondes comme
Des labyrinthes, et votre sourire
Qui cherchait la lumière s'est
Heurté aux maisons closes.
Déjà vous vouliez repartir, mais
Vos pas sont restés au creux d'une
Porte. Plus tard, je vous ai aperçu
Vers la fin de la ville, votre parfum
Capitonné s'est accroché aux pavés.
Le chaos d'un cheval sans maître, sans
Dieu vous a fait sursauter.
Je vous ai recueilli au hasard de
Mes lignes. Sur un volet de bois, j'ai
Retrouvé un cil et peut-être plus
Loin, je vous ai relâché.
Vous avez erré ce soir sur un quai de
Minuit, solitude vous avez sombré.

(tiré du recueil de poèmes « Paysages », 2000)
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# Posté le dimanche 22 juin 2008 14:03

LA ROBE A FLEURS

Elle a dit qu'elle la prenait. Qu'elle passerait ce soir régler le solde.
Je glisse la fiche "réservé" sur le cintre de la robe.
Et je regrettte amèrement l'absence d'une église de proximité, où j'aurais pu courir à l'heure de ma pause confesser tous les mensonges que je viens de débiter.

"Vous ne trouvez pas qu'elle me boudine un peu ?"
"Oh ! Pas du tout, madame, c'est la coupe qui est près du corps, je peux vous faire essayer la taille au-dessus si vous voulez. Ah, il ne m'en reste qu'une, c'est celle qui est sur le mannequin. Je peux défaire la vitrine, ça me ne dérange absolument pas, mais très franchement, vous allez y flotter !".
Mon Dieu, faites que ce soit une de ces clientes timides et timorées,de celles qui n'osent pas, celles qui ne veulent pas déranger ! Parce que, en vitrine, le modèle est taille 38, la boutique n'admet rien au-delà du 42, alors de là à lui trouver un 46...

Son corps est parfait pourtant : la femme est grande, les épaules larges soutiennent une belle poitrine, les hanches sont féminines,et ses longues jambes déliées s'unissent en fesses rondes et hautes.

" Et l'imprimé, toutes ces fleurs, quand même, à mon âge..."
"Comment ça, des fleurs à votre âge ? Justement madame, les fleurs sont un motif indémodable qui convient à toutes les générations.
Je vous aurais bien proposé la robe à rayures, mais je ne pense pas que ce soit votre style. Les rayures, c'est strict, ça casse la douceur féminine. D'ailleurs, les rayures, c'est typiquement masculin : un beau costume rayé, une cravate rayures Club, ça vous pose un homme."

En fait la moche rayée est nettement moins chère que la moche à fleurs, et on m'a bien dit lors du stage de vente "toujours proposer le plus coûteux, n'oubliez pas Hélène, votre commission en dépend".

Avec le 42 à fleurs, j'ai la moitié de mon loyer d'assuré.
N'empêche qu'il me manque, le prêtre qui d'un simple geste et d'une parole réconfortante m'absoudrait de ce péché quotidien !
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# Posté le samedi 14 juin 2008 07:35

Modifié le mardi 24 juin 2008 07:23

UNE SOIREE A L'OPERA


Toutes les conditions étaient réunies pour faire de cette soirée un ratage complet : mauvais temps, bouchons sur le périph', lui en colère parce que moi en retard, bref, je connaissais déjà la fin !
Pourtant... à y repenser, ce fut une soirée inoubliable. A peine entrée dans le hall du théâtre, je sens tous les ors poudrer ma peau et le velours rouge met agréablement en valeur mon bustier de soie YSL. Les marches feutrent nos pas, faisant de nos souliers d'élégantes pantoufles de vair, de magnifiques semelles de vent.
Lorsqu'on nous assigne nos fauteuils, le moelleux rebondi de la tapisserie m'ouvre l'appétit de façon presque indécente ; j'y pose mon postérieur comme un bijou dans son écrin. Et puis le silence éteint les lumières, nous transporte dans un autre monde où seuls les plus téméraires, les vaillants qui ont bravé la tempête sont admis.
Monde merveilleux, féerie des sens. Sur la scène, des personnages habillés de faste, le brocard de la soprano gonfle sous ses vocalises, mettant en valeur le dessin sur ses seins. Les perles ruissellent dans les cheveux, et surtout, surtout, leurs voix ! Elles me coulent dans l'âme comme une prière bienfaisante, je ne comprends pas les paroles, de l'italien sans doute, mais ça ne donne que plus de profondeur, de sacralité au sentiment qui m'engloutit.
A ma gauche, j'entends sa respiration qui ralentit, le calme revient aussi de ce côté-là. Ce soir, nous nous sommes trouvés.

Soirée de merde ! Bordel de bagnoles, temps de chien et la Marilyn qui n'en finit pas de s'allonger les cils ; bon, j'ai eu les places gratos, c'est déjà ça. Qu'est-ce qu'y faut pas faire pour choper une gonzesse...
Ca y est, nous y voilà, au théâtre ! A l'Opéra, siouplaît ! La Marilyn a les yeux qui jouent au billard, complètement éblouie, totale défonce ! Moi je souris, je donne le change, mais franchement, tous ces péquenots sortis de leur province, déguisés en pingouin et en reine-mère, moi, ça me donne envie de gerber.
Et voilà, le spectacle commence ! Ils font le noir, cool, je vais pouvoir la tripoter un peu, mais le silence est brusquement interrompu par un grondement de tonnerre qui m'éclate les tympans. C'est elle ! La grosse, là, sur scène, qui l'ouvre et ne la ferme plus ! Le rideau tendu sur les seins va se barrer, c'est sûr !
A côté, la Marilyn est hypnotisée. J'ai beau lui pétrir la cuisse, elle ne bouge pas. Bon, je vais me la jouer cool, sourire idiot sur les lèvres, et continuer à découvrir les "intonations charnelles" de ma voisine...

# Posté le mercredi 11 juin 2008 13:48