LETTRE A L'INCONNU

LETTRE A L'INCONNU
Bonsoir, bel ange ; pardonnez mon audace à vous nommer ainsi mais c'est bien ainsi que je vous vois. Que vous m'êtes aparu hier dans le vide d'une après-midi pluvieuse, où je marchai tête baissée dans la forêt de mes chagrins.

Je vous ai senti, comment dire, comme le parfum d'un rêve qui doucement pénètre la nuit, je vous ai senti envahir toutes mes vies antérieures et celles à venir, et votre odeur s'est faite jardin d'Eden.
Et puis après l'arôme subtil de votre être magique, je vous ai vu. Comme si vous m'attendiez, appuyé contre un arbre.Votre sourire s'offrait semblable à une chambre d'hôte où vous m'invitiez à me reposer.
Il est vrai que les après-midi pluvieuses sont propices aux rêveries mélancoliques et les apparitions magiques peuvent se réléver cruelles : la fée est en fait une sorcière, l'ange un vil démon. Mais rien de ces mirages sur votre visage, rien que ce sourire qui flottait comme une neige neuve au-dessus de la ville. Sourire-sésame pour mon âme en détresse.
Pour dire la vérité, je pense que ma mémoire me joue des tours et des détours, car le temps de chien que nous avions hier a certainement dilué certains aspects de notre rencontre.
Ce matin, à la lumière crue qui nous cueille au sortir du sommeil, j'ai l'impression que vous n'étiez qu'un rêve ; mais je vous promets d'en garder le secret.

# Posted on Tuesday, 14 October 2008 at 12:58 PM

Edited on Tuesday, 14 October 2008 at 1:10 PM

A LA REFLEXION...

A LA REFLEXION...
La réflexion est toujours difficile. S'il faut en parler sans réfléchir, le squelette de la pensée apparaît alors sans le moindre scrupule, nu et visionnaire. Il faut s'en éloigner, cette pensée indigeste que l'autre peut percevoir de façon agressive est à bannir.

Dimanche, c'est le jour du Seigneur : ouf ! On ne fait rien. Pas même réfléchir. Parce que là, tu te reposes, mec. Pas de voiture, pas de sport , pas d'idées. R.A.P. : rien à penser. Alors quoi ? Qu'est-ce qu'on fait ? Le langage s'insinue malgré tout, dans ta tête, même sans réflexion. Miroir, mon beau miroir, qu'y-a-t-il à comprendre ? Je suis perdue dans les circonvolutions de mon cerveau, la tête à l'envers et les pieds de travers.
Vite, aux emplettes ! Là, pas de réflexion, je vois, j'achète, je râle (le prix est toujours comme un temps de chien, ça fait chier). Voilà, après je rentre à la maison et je me couche. Sans rêves, sans cauchemars, sans réfléchir.

# Posted on Friday, 26 September 2008 at 4:17 PM

POINT FINAL

Il est arrivé par l'océan, dans la nuit longue de janvier, sur des petites jambes frêles. Son regard mouillé rit comme des étoiles, et son premier cri sur le quai ressemble à son premier pleur. Il a laissé là-bas père et mère, et frères et soeurs, pour chercher ici un foyer de feu et de bois (nous, on parlerait bêtement d'usine).
Il espère en ce pays un avenir de lumière -la chaleur est restée de l'autre côté de l'horizon-, il espère grandir debout, le regard droit, et s'il doit tendre la main, que jamais ce ne soit pour l'aumône. Rien qu'une offrande, de lui à l'autre : un pont.
POINT FINAL

# Posted on Monday, 22 September 2008 at 12:32 PM

Edited on Tuesday, 23 September 2008 at 2:51 PM

DERIVE

DERIVE
L'ancre a commencé à rouiller depuis longtemps déjà. Bientôt elle se décomposera, délivrant ton corps lourd prisonnier du quai, rejeté comme une bouteille au large. Maquillé de verdure mousseuse, tu vogueras au hasard des vents capricieux, tu cogneras contre des bouchons d'écume qui parfois s'ouvriront -bouches béantes prêtes à t'engloutir-. Le soleil dans l'histoire ne t'aidera pas. Il brûlera ta peau humide, griffée par les embruns sauvages. Seul persistera le rêve qui t'habite depuis tant d'années : qu'un balai sec et soyeux vienne caresser tes membres décharnés, fragiles comme du cristal.

# Posted on Wednesday, 10 September 2008 at 2:03 PM

Edited on Wednesday, 10 September 2008 at 5:11 PM

LE REVE

La nuit se ferme dans mon rêve. Et la femme apparaît. Brune et longue, comme un secret enfoui sous les dunes. Elle vient vers moi par son regard, m'invite à la suivre jusqu'au seuil de cette fichue nuit.
Et je la suis.

Je pousse la porte entrouverte sur des vagues échevelées qui me transpercent le coeur. Je sens les gouttes d'océan s'infiltrer dans mon sang déjà vieux, décoloré et pourtant lourd. La femme est là, qui me regarde au-delà de ses paupières closes, je sais qu'elle me parle, sa bouche s'arrondit en baisers qui viennent mordre mon épaule. Le ciel s'évapore peu à peu, laissant juste un parfum de regret.
Mon épaule blessée par la femme qui m'aime laisse couler un peu plus de vie à chaque parole que je devine.
Je sens que la mort m'attend au réveil.

Je sais le mystère à présent.
LE REVE
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# Posted on Saturday, 06 September 2008 at 11:04 AM

Edited on Thursday, 11 September 2008 at 8:15 AM