ENCRE

L'encre s'est renversée sur la table, formant une tache indélébile. Maman criera sûrement encore une fois que je ne ferme jamais correctement la bouteille. Elle a raison. Parce que j'aime voir ce petit bout d'océan se déverser sur la surface lisse et plane de la table de cuisine, dessinant des cartes imaginaires de verdures et d'océans étranges. L'encre, je la choisis à chaque fois de couleur différente, c'est le hasard qui fait que la tache soit petite ou grande, selon le coup de coude, plus ou moins fort. La bouteille est toujours stable pourtant. Je dois me démener pour ôter le bouchon délicatement, parfois avec la bouche. j'aime le goût de l'encre. C'est du livre liquide, du rêve en flacon que je libère délibérément à chaque occasion, quand dehors le gris est noir, quand dedans le coeur crie, quand partout le besoin d'ailleurs s'inscrit. J'étale l'encre humide sur cette table, terrain miné de mes angoisses, et je balaie d'une main légère la flaque colorée, la laissant libérer son essence de cristal, son magnétisme, sa vie.
ENCRE

# Posté le jeudi 06 novembre 2008 12:16

Modifié le jeudi 06 novembre 2008 12:33

PROSPECTUS



Je vais vous raconter l'aventure plurielle d'un jardinier voyageur. Il part de Chartres, à la recherche d'un bar. Classique, me direz-vous. Et pourtant... Trompé par l'enseigne borgne "Cimetière BARATIN" où dans la faible lumière d'un soir de village embrumé se détachent les trois lettres BAR, notre jardinier pique droit vers ce jardin de sculptures grossières. A en juger par les pierres branlantes et angelots rassis, les artistes locaux avaient dû souffler pas mal de bougies le jour où ils attaquèrent le marbre et la glaise. Donc Antoine (nommons-le ainsi) déambule dans ce parterre encore tout chaud de soleil persuadé que quelque part, le bar l'attend. Et voici encore une preuve de toute la magie de la vie : le gardien qui aperçoit Antoine se dit "c'est facile pour eux de sortir, comme si la dernière frontière ne les retenait pas !". Antoine bute sur une pierre où le nom effacé laisse tout l'espace au mot "théâtre". Un autre saltimbanque, pense Antoine. A bout de soif, il s'assoit sur le petit banc au bord de l'allée, et de la rencontre avec la Cubaine s'ensuit un grand dérangement. Il n'atteint jamais Chartres, il ne trouve pas de bar, mais la Cubaine l'entraîne bien loin dans ses délires avec son rhum. Allez, ne vous en faites pas : demain Antoine est de retour !
PROSPECTUS

# Posté le mercredi 29 octobre 2008 14:23

Modifié le mercredi 29 octobre 2008 14:38

LA FENETRE N AVAIT PAS DE BARREAUX

En ouvrant les yeux, j'ai découvert que la fenêtre n'avait pas de barreaux. Je les ai vite refermés, à la recherche de l'ombre bienfaitrice, du calme silence de la cage.
Et puis je les ai ouverts à nouveau, tout doucement, relevant les paupières comme un store un peu grippé, laissant le rai de lumière entrer en moi, goutte à goutte. J'ai dû me faire à l'évidence : la fenêtre n'avait pas de barreaux. Où donc était passée ma prison, où était mon géôlier ? Etait-ce lui qui avait effacé ces lances pointées vers le ciel, ces traits d'union entre l'ombre et la lumière, ces perches qu'l me tendait tout en me mettant à l'écart ?
La fenêtre n'a pas de barreaux, elle ne porte aucun voilage, elle est ouverte, large plaie qui m'attire vers dehors. J'ai envie de refermer les yeux mais je sais qu'il est trop tard. La lumière est en moi, le trouble d'un murmure que je reconnais, c'est le rire d'un enfant, oui je sens que la vie revient vers moi, le sommeil oublié dans le miroir d'une rivière, et le gardien de mes nuits sans fond se penche au-dessus de ma tête, y pose un baiser de papillon timide et me tend la main.
LA FENETRE N AVAIT PAS DE BARREAUX

# Posté le mercredi 29 octobre 2008 13:58

SACREE SOPHIE

SACREE SOPHIE
Séduite par sa solitude,Sophie se laisse sculpter. Le silence a saveur de sang et c'est sans soif qu'elle boit les savoureux secrets de septembre. Son souffle saccadé sussure des serments. Son regard scrute le soleil solide et surprenant qui se faufile dans le sépulcre. Elle scande les semaines sacrées où elle s'est surpassée et, souveraine et souple, serpente à travers la sècheresse stérile. Soudain un serpent sucré sort de son sac. Sophie perd de sa stabilité. Des traces de sel sur son sein, la sourde séductrice s'efface comme du savon. Elle est sale et sôule, la secte n'est que stress !

# Posté le mercredi 29 octobre 2008 13:32

Modifié le mercredi 29 octobre 2008 13:49

LETTRE A L'INCONNU

LETTRE A L'INCONNU
Bonsoir, bel ange ; pardonnez mon audace à vous nommer ainsi mais c'est bien ainsi que je vous vois. Que vous m'êtes aparu hier dans le vide d'une après-midi pluvieuse, où je marchai tête baissée dans la forêt de mes chagrins.

Je vous ai senti, comment dire, comme le parfum d'un rêve qui doucement pénètre la nuit, je vous ai senti envahir toutes mes vies antérieures et celles à venir, et votre odeur s'est faite jardin d'Eden.
Et puis après l'arôme subtil de votre être magique, je vous ai vu. Comme si vous m'attendiez, appuyé contre un arbre.Votre sourire s'offrait semblable à une chambre d'hôte où vous m'invitiez à me reposer.
Il est vrai que les après-midi pluvieuses sont propices aux rêveries mélancoliques et les apparitions magiques peuvent se réléver cruelles : la fée est en fait une sorcière, l'ange un vil démon. Mais rien de ces mirages sur votre visage, rien que ce sourire qui flottait comme une neige neuve au-dessus de la ville. Sourire-sésame pour mon âme en détresse.
Pour dire la vérité, je pense que ma mémoire me joue des tours et des détours, car le temps de chien que nous avions hier a certainement dilué certains aspects de notre rencontre.
Ce matin, à la lumière crue qui nous cueille au sortir du sommeil, j'ai l'impression que vous n'étiez qu'un rêve ; mais je vous promets d'en garder le secret.

# Posté le mardi 14 octobre 2008 12:58

Modifié le mardi 14 octobre 2008 13:10