LA BONNE NOUVELLE



La bonne nouvelle tenait en deux mots : j'étais libre ! Innocenté. Aucune preuve, on n'avait rien contre moi.
Les heures passées en cellule, en interrogatoire, en visite, en avocat, en fouille, en conneries, en colère, tout disparaissait, effacé par la magie d'un verdict en ma faveur : à la question "l'accusé est-il coupable de vol avec préméditation ?" la réponse est "non".

Qu'on ait retrouvé le sac à provisions de Mme Berger avec son kilo d'oranges bio à 3,67 euros chez moi : la faute à l'étourderie de la dite Mme Berger qui l'avait oublié !
Le portefeuille du concierge trouvé dans ma poche ? Trouvé dans l'escalier, j'allais le lui rapporter. Le vélo tout terrain du môme du 3ème dans ma cave ? Eh ben le môme s'était trompé de cave !

Bref, quand mon avocat a démonté toutes les preuves présumées, mon innocence radieuse est apparue comme une évidence divine.

Bon, après, Maître Constant a voulu quand même savoir les dessous de l'affaire : le sac, le portefeuille, le vélo, allez quoi, vous pouvez me le dire maintenant. Hé ben justement non. J'ai toujours manqué de mémoire
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LA BONNE NOUVELLE

# Posted on Tuesday, 11 November 2008 at 1:39 PM

Edited on Tuesday, 11 November 2008 at 1:55 PM

ENCRE

L'encre s'est renversée sur la table, formant une tache indélébile. Maman criera sûrement encore une fois que je ne ferme jamais correctement la bouteille. Elle a raison. Parce que j'aime voir ce petit bout d'océan se déverser sur la surface lisse et plane de la table de cuisine, dessinant des cartes imaginaires de verdures et d'océans étranges. L'encre, je la choisis à chaque fois de couleur différente, c'est le hasard qui fait que la tache soit petite ou grande, selon le coup de coude, plus ou moins fort. La bouteille est toujours stable pourtant. Je dois me démener pour ôter le bouchon délicatement, parfois avec la bouche. j'aime le goût de l'encre. C'est du livre liquide, du rêve en flacon que je libère délibérément à chaque occasion, quand dehors le gris est noir, quand dedans le coeur crie, quand partout le besoin d'ailleurs s'inscrit. J'étale l'encre humide sur cette table, terrain miné de mes angoisses, et je balaie d'une main légère la flaque colorée, la laissant libérer son essence de cristal, son magnétisme, sa vie.
ENCRE

# Posted on Thursday, 06 November 2008 at 12:16 PM

Edited on Thursday, 06 November 2008 at 12:33 PM

PROSPECTUS



Je vais vous raconter l'aventure plurielle d'un jardinier voyageur. Il part de Chartres, à la recherche d'un bar. Classique, me direz-vous. Et pourtant... Trompé par l'enseigne borgne "Cimetière BARATIN" où dans la faible lumière d'un soir de village embrumé se détachent les trois lettres BAR, notre jardinier pique droit vers ce jardin de sculptures grossières. A en juger par les pierres branlantes et angelots rassis, les artistes locaux avaient dû souffler pas mal de bougies le jour où ils attaquèrent le marbre et la glaise. Donc Antoine (nommons-le ainsi) déambule dans ce parterre encore tout chaud de soleil persuadé que quelque part, le bar l'attend. Et voici encore une preuve de toute la magie de la vie : le gardien qui aperçoit Antoine se dit "c'est facile pour eux de sortir, comme si la dernière frontière ne les retenait pas !". Antoine bute sur une pierre où le nom effacé laisse tout l'espace au mot "théâtre". Un autre saltimbanque, pense Antoine. A bout de soif, il s'assoit sur le petit banc au bord de l'allée, et de la rencontre avec la Cubaine s'ensuit un grand dérangement. Il n'atteint jamais Chartres, il ne trouve pas de bar, mais la Cubaine l'entraîne bien loin dans ses délires avec son rhum. Allez, ne vous en faites pas : demain Antoine est de retour !
PROSPECTUS

# Posted on Wednesday, 29 October 2008 at 2:23 PM

Edited on Wednesday, 29 October 2008 at 2:38 PM

LA FENETRE N AVAIT PAS DE BARREAUX

En ouvrant les yeux, j'ai découvert que la fenêtre n'avait pas de barreaux. Je les ai vite refermés, à la recherche de l'ombre bienfaitrice, du calme silence de la cage.
Et puis je les ai ouverts à nouveau, tout doucement, relevant les paupières comme un store un peu grippé, laissant le rai de lumière entrer en moi, goutte à goutte. J'ai dû me faire à l'évidence : la fenêtre n'avait pas de barreaux. Où donc était passée ma prison, où était mon géôlier ? Etait-ce lui qui avait effacé ces lances pointées vers le ciel, ces traits d'union entre l'ombre et la lumière, ces perches qu'l me tendait tout en me mettant à l'écart ?
La fenêtre n'a pas de barreaux, elle ne porte aucun voilage, elle est ouverte, large plaie qui m'attire vers dehors. J'ai envie de refermer les yeux mais je sais qu'il est trop tard. La lumière est en moi, le trouble d'un murmure que je reconnais, c'est le rire d'un enfant, oui je sens que la vie revient vers moi, le sommeil oublié dans le miroir d'une rivière, et le gardien de mes nuits sans fond se penche au-dessus de ma tête, y pose un baiser de papillon timide et me tend la main.
LA FENETRE N AVAIT PAS DE BARREAUX

# Posted on Wednesday, 29 October 2008 at 1:58 PM

SACREE SOPHIE

SACREE SOPHIE
Séduite par sa solitude,Sophie se laisse sculpter. Le silence a saveur de sang et c'est sans soif qu'elle boit les savoureux secrets de septembre. Son souffle saccadé sussure des serments. Son regard scrute le soleil solide et surprenant qui se faufile dans le sépulcre. Elle scande les semaines sacrées où elle s'est surpassée et, souveraine et souple, serpente à travers la sècheresse stérile. Soudain un serpent sucré sort de son sac. Sophie perd de sa stabilité. Des traces de sel sur son sein, la sourde séductrice s'efface comme du savon. Elle est sale et sôule, la secte n'est que stress !

# Posted on Wednesday, 29 October 2008 at 1:32 PM

Edited on Wednesday, 29 October 2008 at 1:49 PM