YASMINA

YASMINA


On était venu la parer pour la nuit. Encore une fois, la favorite.
Elle se laissait baigner dans l'eau précieuse, peigner avec douceur, maquiller d'éclatantes couleurs, elle se laissait enduire d'onguents parfumés, vêtir d'étoffes rares.
La première, la préférée.
Combien de nuits encore serait-elle privilégiée ? Combien de jours à attendre le choix, à redouter le verdict éphémère ? Elle souhaitait pourtant n'être qu'une femme... Non, pas une femme car même sans joliesse, surtout sans attraits, une femme resterait une esclave.

Elle serait un homme ! Elle choisirait de faire (ou pas) l'amour, elle serait au gouvernail de son corps, elle le laisserait envahir par la gangrène des poils : ils lui pousseraient partout, sur le visage surtout, ils balafreraients son sourire lisse et imposé.
Peu importe que ses jambes soient longues et nerveuses, l'homme de toute façon aurait la force.
Ce n'était pas sa beauté qu'elle crachait si loin, c'était le pouvoir qu'elle appelait sans fin, avec raison.
Elle serait l'homme le plus laid du royaume, le plus puissant, le plus aimable aussi. Il aurait des enfants -enfin elle connaîtrait ce bonheur sans la souffrance-. Il aurait de jolies femmes, mais souvent il choisirait parmi les plus humbles, suivantes éthérées, filles apeurées qu'il calmerait d'une main posée sur l'épaule, d'un mot chanté à l'oreille.
Et si l'homme était tel, alors elle voulait être la simple fille, juste pour entendre le mot magique...

Prête enfin, elle se tenait debout près de la fontaine, quelques fleurs de jasmin froissées entre ses doigts.
Orgueil ou vanité : ne valait-il pas mieux être de ce jasmin odorant ? Elle vivrait tout en quelques instants, deux ou trois nuits si le vent se faisait doux. Elle profiterait de sa chair sucrée, sentirait sa puissance face à celui qui devrait se courber pour la respirer, exhalerait son parfum à qui la cueillerait, et puis FIN
.

# Posted on Wednesday, 14 January 2009 at 7:00 AM

Edited on Wednesday, 14 January 2009 at 7:12 AM

VISITE A PARIS

[Paris, la Tour Eiffel. Les Champs Elysées. Le Sacré-Coeur. Notre-Dame. La Seine.

Dans sa petite tête, les mots s'entrecroisent. Ses parents lui ont dressé un planning géographique de ce week-end à la capitale. Il sera respecté à la lettre, Papa ne laisse rien au hasard.

Elle s'est glissée dans l'aventure en posant son pied sur le bateau. Mouche, qu'ils l'appellent. Quelle drôle d'idée, comme s'il allait s'envoler ! Bateau-mouche : à son oreille déjà le nom sonne comme un personnage de conte, comme le prince-grenouille, la fée-fleur, l'ogre-loup. Le bourdonnement qu'elle perçoit vient plutôt des touristes-girouettes -babord-tribord-, en fonction de ce qu'énoncent les mini-écouteurs. Ils doivent faire une sacrée omelette derrière leurs yeux avec toutes ces images.

Elle, elle est le capitaine de vaisseau. Rien ne la distraira. Regard droit devant, elle se laisse engloutir par les eaux sages du vieux fleuve, éblouie par les diamants gris qui scintillent à la surface. Un petit vent de petite vitesse porte les senteurs d'un printemps précoce : la douceur des lilas tendres, le sucré d'un chèvrefeuille avancé, le musqué des roses aux jardins oubliés. Et puis l'odeur de l'eau, semblable à celle d'une cave humide qui lui monte au nez de façon si agressive qu'elle lui redescend dans la gorge. Elle goûte cette eau grise, un capitaine doit faire ami avec la mer.

Parfois, au milieu des petites perles qui s'étalent sous la coque, le reflet d'un monument célèbre. Elle entend son père lui en faire l'historique ; elle en fait son histoire. L'église à l'envers, c'est l'Atlantide qu'elle vient de découvrir, elle glisse sur son royaume englouti, son univers secret caché aux incrédultes.

Et voilà que les gens se lèvent, se bousculent pour descendre, se dépêchent d'aller voir ailleurs. Sa mère lui prend la main, la tire :
-vite, dépêche-toi, le musée Grévin ferme dans une heure
!
VISITE A PARIS

# Posted on Tuesday, 06 January 2009 at 1:27 PM

Edited on Tuesday, 06 January 2009 at 2:11 PM

MANTRA

MANTRA
POUR LA NOUVELLE ANNEE
JE VOUS PROPOSE UN MANTRA
ESPERANCE ACHARNEE
QU IL NE MENTIRA PAS


QUE L ANNEE 2009
SOIT DE SOURIRES ET D ESPOIRS
PUISQUE CEST L'AN NEUF
IL SUFFIRA D Y CROIRE

DE DIRE DES PRIERES QUI SE SOUVIENNENT
OU QU ON INVENTE
DE CELLES QUI NOUS VIENNENT
SIMPLEMENT COMME ON CHANTE


DES MOTS DOUCEURS SUR LA BOUCHE
DES GESTES PLEINS QUI NOUS TOUCHENT
DES YEUX QUI REGARDENT ET QUI VOIENT
TOUT UN CORPS DE JOIE

ESPERER LE BONHEUR
C EST PARFOIS TROP !
QU IL SUFFISE DE COEURS
JUSTE BONS ET BEAUX.
ET DE L AMOUR,
LA CHALEUR ET LA FLAMME
POUR FAIRE DE CHAQUE JOUR
UN MIROIR DE L AME

QUE L ANNEE 2009
SOIT DE SOURIRES ET D ESPOIRS
PUISQUE CEST L'AN NEUF
IL SUFFIRA D Y CROIRE

# Posted on Sunday, 21 December 2008 at 4:47 PM

Edited on Tuesday, 06 January 2009 at 2:16 PM

CHAMPAGNE !

CHAMPAGNE !
Du champagne coule à flot ! Cest la fête ! Un mariage, un baptême, une communion (ça existe encore ?). Bref tout est prétexte à faire sauter les bouchons.
Voilà qui serait bien pratique dans les embouteillages de la capitale, décapsuler les gouttières de bus, les pistes cyclables. Un trop-plein de voiture, hop, champagne !

Après, c'est plus délicat, gare au ballon. Faut pas croire, on y aura droit. Tu parles d'un cirque, les flics verront bien qu'il y a un truc et comme ils sont pas magiques, ils vont chercher à comprendre. Ils te sortiront l'attirail complet, papiers et tralala, et à toi de lamper pour prouver ta bonne foi : le champagne est dehors, sur la chaussée, pas dans ton corps qui réclame pourtant un matelas souple qui te réconforterait après cette soirée si, si...sidérale !

La fatigue t'étale dans le couloir. Dors bien.

# Posted on Wednesday, 10 December 2008 at 2:28 PM

Edited on Wednesday, 10 December 2008 at 3:27 PM

C'EST A L'AUTRE

C'EST A L'AUTRE
Cest à l'autre, à celui qui est parti, à celui qui pourtant marche encore dans ma tête, qu'on doit que les choses arrivent. C'est de son absence que surgissent les événements qui jalonnent mes jours et pilonnent mes nuits. Moi, je marche dans l'eau fraîche en attente d'une vague profonde et salvatrice qui laverait à grande eau le souvenir de l'autre. Et quand je m'attarde sur la plage désertée, c'est l'horizon qui me nargue : vois comme tu n'es qu'un misérable grain de sable sur cette étendue.

J'ai des nouvelles de l'autre, parfois. Pas souvent. Au gré de mes marches volontaires, je traîne par la poste et j'attends, j'espère que le sourire de service me dise "hé, monsieur Sdenka, y'a du courrier pour vous". J'aime alors le soubresaut de mon coeur qui se cabre. J'aime en sentir les ruades affolées qui me confirment que l'absence n'est pas l'oubli. Je sais que l'autre partage ces préférences, mais je sais aussi que jamais il n'avouera apprécier le manque que nous nous imposons.

Il serait exagéré de prétendre qu'il y a de l'hostilité dans nos relations, cependant il faut admettre la tension, la colère, parfois même une certaine haine.
Je confesse bien volontiers qu'il a réussi à me convaincre que la douleur est beaucoup plus douce que l'amour, plus complète, plus exigeante, mais aussi tellement plus vorace.

# Posted on Sunday, 30 November 2008 at 8:08 AM

Edited on Sunday, 30 November 2008 at 1:34 PM