Elle se laissait baigner dans l'eau précieuse, peigner avec douceur, maquiller d'éclatantes couleurs, elle se laissait enduire d'onguents parfumés, vêtir d'étoffes rares.
La première, la préférée.
Combien de nuits encore serait-elle privilégiée ? Combien de jours à attendre le choix, à redouter le verdict éphémère ? Elle souhaitait pourtant n'être qu'une femme... Non, pas une femme car même sans joliesse, surtout sans attraits, une femme resterait une esclave.
Elle serait un homme ! Elle choisirait de faire (ou pas) l'amour, elle serait au gouvernail de son corps, elle le laisserait envahir par la gangrène des poils : ils lui pousseraient partout, sur le visage surtout, ils balafreraients son sourire lisse et imposé.
Peu importe que ses jambes soient longues et nerveuses, l'homme de toute façon aurait la force.
Ce n'était pas sa beauté qu'elle crachait si loin, c'était le pouvoir qu'elle appelait sans fin, avec raison.
Elle serait l'homme le plus laid du royaume, le plus puissant, le plus aimable aussi. Il aurait des enfants -enfin elle connaîtrait ce bonheur sans la souffrance-. Il aurait de jolies femmes, mais souvent il choisirait parmi les plus humbles, suivantes éthérées, filles apeurées qu'il calmerait d'une main posée sur l'épaule, d'un mot chanté à l'oreille.
Et si l'homme était tel, alors elle voulait être la simple fille, juste pour entendre le mot magique...
Prête enfin, elle se tenait debout près de la fontaine, quelques fleurs de jasmin froissées entre ses doigts.
Orgueil ou vanité : ne valait-il pas mieux être de ce jasmin odorant ? Elle vivrait tout en quelques instants, deux ou trois nuits si le vent se faisait doux. Elle profiterait de sa chair sucrée, sentirait sa puissance face à celui qui devrait se courber pour la respirer, exhalerait son parfum à qui la cueillerait, et puis FIN




