Josette était coiffeuse depuis douze ans et son salon était fort réputé dans la région. Les clientes, fidèles à leurs permanentes, amenaient leurs filles pour leur premier brushing et leurs fils pour la coupe "Beatles". Ses employées étaient de ravissantes idiotes, pas forcément blondes, dont les courbes dessinaient des anglaises rebondies. Les couleurs étaient sobres chez Josette : un blanc bleuté pour les mamies, un brun-châtain pour les femmes mariées ; certaines dévergondées demandaient des mèches et les aguicheuses (heureusement qu'elles n'étaients que deux à travailler au "night-club") exigeaient un roux incendiaire que Josette appliquait elle-même : en aucun cas elle n'aurait pris le risque de contaminer ses coiffeuses avec ces teintures et ses femmes toxiques !
Au menu de Josette, il y avait shampoing, coupe, couleur, mèches, permanentes, brushing et ... coiffures de cérémonie ! Josette adorait monter des chignons comme des meringues, crêper des couettes en choucroute, elle aimait cisailler les herbes folles de la nuque et tailler une frange, qu'elle tombe tout net et droit comme un rideau de théâtre ! Elle jouait des bigoudis et du fer à friser comme d'autres jouent du piano : en virtuose.
Sous les casques, les potins allaient bon train. "Vous vous souvenez de Mme Dupré, la boulangère qui est partie l'an dernier avec son petit pâtissier ? Eh bien vous n'allez pas me croire, je l'ai croisée l'autre soir en sortant du cinéma. Oui on a été voir le dernier Truffaut. Moi, ce que j'en dis, hein, oui, c'est bien, enfin c'est mon mari qui l'a dit, alors ça doit l'être, enfin bref, on sort et qui on voit à faire la queue ? Mme Dupré, le petit pâtissier accroché à son bras comme une moule à son rocher ! Et alors là, vous n'allez pas me croire : elle s'est coupé les cheveux à la garçonne et portait des pantalons d'un vulgaire ! Avec ça, maquillée comme une voiture volée. Elle se la jouait genre j'suis moderne quoi ! Franchement, elle frisait le ridicule. J'ai tiré Paul par le bras, pas question de lui dire bonjour !"
En entendant Mme Merlin, Josette se sentit submergée de tristesse. Et puis une pointe de jalousie vint la titiller. Enfin, une grosse colère éclata : "comment ça, la Dupré frise le ridicule ? Depuis quand qu'elle est coiffeuse celle-là ?" Elle lâcha peigne et ciseaux et sortit du salon, en larmes.
"Comment a-t-elle pu me faire çà ?Qu'est-ce qu'elle y connait en frisure, en boucles souples, en frisettes serrées? Et puis c'est qui ce ridicule ? C'est comme ça qu'elle appelle son petit pâtissier ? Il a pas un cheveu à friser celui-là, elle va le bousiller. Enfin, merde, la coiffeuse, c'est moi ! Si elle veut friser son ridicule, qu'elle me l'amène son petit pâtissier, je saurais bien lui trouver une coiffure qui convienne à sa nature de cheveux, et si elle veut vraiment qu'il soit frisé, je ferais d'abord un essai, avec le fer. Comme ça on voit si le ridicule supporte et on pourra envisager une permanente..."
Josette en soliloquant s'était éloignée du salon, de la rue. Elle avait marché si vite, portée par sa colère, qu'elle était à présent dans les nuages. En tendant la main, elle pourrait décrocher la lune.
Au menu de Josette, il y avait shampoing, coupe, couleur, mèches, permanentes, brushing et ... coiffures de cérémonie ! Josette adorait monter des chignons comme des meringues, crêper des couettes en choucroute, elle aimait cisailler les herbes folles de la nuque et tailler une frange, qu'elle tombe tout net et droit comme un rideau de théâtre ! Elle jouait des bigoudis et du fer à friser comme d'autres jouent du piano : en virtuose.
Sous les casques, les potins allaient bon train. "Vous vous souvenez de Mme Dupré, la boulangère qui est partie l'an dernier avec son petit pâtissier ? Eh bien vous n'allez pas me croire, je l'ai croisée l'autre soir en sortant du cinéma. Oui on a été voir le dernier Truffaut. Moi, ce que j'en dis, hein, oui, c'est bien, enfin c'est mon mari qui l'a dit, alors ça doit l'être, enfin bref, on sort et qui on voit à faire la queue ? Mme Dupré, le petit pâtissier accroché à son bras comme une moule à son rocher ! Et alors là, vous n'allez pas me croire : elle s'est coupé les cheveux à la garçonne et portait des pantalons d'un vulgaire ! Avec ça, maquillée comme une voiture volée. Elle se la jouait genre j'suis moderne quoi ! Franchement, elle frisait le ridicule. J'ai tiré Paul par le bras, pas question de lui dire bonjour !"
En entendant Mme Merlin, Josette se sentit submergée de tristesse. Et puis une pointe de jalousie vint la titiller. Enfin, une grosse colère éclata : "comment ça, la Dupré frise le ridicule ? Depuis quand qu'elle est coiffeuse celle-là ?" Elle lâcha peigne et ciseaux et sortit du salon, en larmes.
"Comment a-t-elle pu me faire çà ?Qu'est-ce qu'elle y connait en frisure, en boucles souples, en frisettes serrées? Et puis c'est qui ce ridicule ? C'est comme ça qu'elle appelle son petit pâtissier ? Il a pas un cheveu à friser celui-là, elle va le bousiller. Enfin, merde, la coiffeuse, c'est moi ! Si elle veut friser son ridicule, qu'elle me l'amène son petit pâtissier, je saurais bien lui trouver une coiffure qui convienne à sa nature de cheveux, et si elle veut vraiment qu'il soit frisé, je ferais d'abord un essai, avec le fer. Comme ça on voit si le ridicule supporte et on pourra envisager une permanente..."
Josette en soliloquant s'était éloignée du salon, de la rue. Elle avait marché si vite, portée par sa colère, qu'elle était à présent dans les nuages. En tendant la main, elle pourrait décrocher la lune.


